Partir en vacances – Selsoif

Il existe des endroits au monde perdus dans la nature, où vivent des gens simples, relativisant l’emprise du quotidien, réfléchissant à la construction de paradis impossibles, où toutes les pensées allumées, déjantées et sincères seraient bienvenues. Des lieux propices à philosopher sur le temps, la nature, les petits riens, les grandes histoires inachevées et les bricolages inutiles. Si ces endroits existent, ils sont peut-être sur les crêtes de la Cordillère des Andes, cachés dans une forêt dense préservée et inaccessible, au bord d’un lac de Sibérie, (il faudrait demander à Sylvain Tesson), ou perdus entre la Douve et le Gorget, encerclés par les marais du Cotentin à Selsoif chez mon ami Coco.   J’avais prévu depuis plusieurs mois de faire un périple dans le Cotentin, de préférence en moto. De retour d’Espagne, je préparais donc au plus vite mon expédition pour voir mes amis, Coco, Titus, Guy-André, peut-être aussi Charly…

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Partir en vacances – L’Espagne

Le hall de départ est bondé, en tout cas pour la taille de l’aéroport. Je pensais ne pas arriver trop tôt et embarquer au plus vite, même en dernier, quelques minutes avant la fermeture des portes, c’est raté. Deux heures à attendre dans la chaleur, le bruit et les odeurs de transpiration, tous bien alignés, prêt à passer en salle d’embarquement. Je me mets à envier ceux qui sont en tête, un comble pour moi qui voulait arriver à la dernière minute, comme un grand voyageur aguerri et pragmatique.

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Un nouveau jouet

Aujourd’hui je suis heureux, j’ai enfin pu m’acheter mon propre appareil photo avec ma première paie. J’ai remisé le vieux « Weltaflex » de mon père pour le remplacer avantageusement par un « Yashica Mat » flambant neuf que j’ai acquis au bout de la rue de Paris chez « Elmis ». Nous somme samedi 4 juin, il fait beau, le bord de mer est en effervescence, demain il y aura une grande course à pieds, un important déploiement d’agents de la municipalité s’affaire aux préparatifs, s’activant pour le passage des coureurs. Je me suis promené le cœur léger en pensant à vous Florence. L’année prochaine si tout va bien je viendrais vous voir à Győr*. Cet après-midi, j’ai développé mes photos dans le petit labo que j’ai installé dans mon cabinet de toilette de la rue Mogador, lundi je vous ferai partir mes images par courrier avec ce petit mot mélancolique. Je vous embrasse, ainsi que toute ma famille. Charles Voir…

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L’automobile

En 1969, nous n’étions plus au Havre et Saint-Sauveur était loin. Papa nous emmenait dans ses errements au fil de changements de situation que je qualifierais de boiteuse, tout comme sa démarche difficile et sa jambe gauche trop courte pour filer droit. Cette année là, nous habitions Buais. Papa avait trouvé je ne sais comment, une maison bourgeoise à la sortie du village en direction de Saint-Symphorien-des-Monts. Des haies touffues protégeaient la bâtisse de la route et un grand araucaria odorant finissait le décorum, parsemant le sol de cette baraque à chagrins, d’épines sèches et gluantes. J’oubliais, que derrière il y avait une ferme vétuste et boueuse, j’avais sympathisé avec le fils des cultivateurs, un brave gars qui passait sa vie entre la traite, le bâtiment d’habitation et les arbres dans lesquels il se réfugiait pour chasser l’ennui. Il parlait peu, paraissait farouche, intimidé par ma famille qui venait de…

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