Un nouveau jouet

Aujourd’hui je suis heureux, j’ai enfin pu m’acheter mon propre appareil photo avec ma première paie. J’ai remisé le vieux « Weltaflex » de mon père pour le remplacer avantageusement par un « Yashica Mat » flambant neuf que j’ai acquis au bout de la rue de Paris chez « Elmis ». Nous somme samedi 4 juin, il fait beau, le bord de mer est en effervescence, demain il y aura une grande course à pieds, un important déploiement d’agents de la municipalité s’affaire aux préparatifs, s’activant pour le passage des coureurs. Je me suis promené le cœur léger en pensant à vous Florence. L’année prochaine si tout va bien je viendrais vous voir à Győr*. Cet après-midi, j’ai développé mes photos dans le petit labo que j’ai installé dans mon cabinet de toilette de la rue Mogador, lundi je vous ferai partir mes images par courrier avec ce petit mot mélancolique. Je vous embrasse, ainsi que toute ma famille. Charles Voir…

Lire la suite

L’automobile

En 1969, nous n’étions plus au Havre et Saint-Sauveur était loin. Papa nous emmenait dans ses errements au fil de changements de situation que je qualifierais de boiteuse, tout comme sa démarche difficile et sa jambe gauche trop courte pour filer droit. Cette année là, nous habitions Buais. Papa avait trouvé je ne sais comment, une maison bourgeoise à la sortie du village en direction de Saint-Symphorien-des-Monts. Des haies touffues protégeaient la bâtisse de la route et un grand araucaria odorant finissait le décorum, parsemant le sol de cette baraque à chagrins, d’épines sèches et gluantes. J’oubliais, que derrière il y avait une ferme vétuste et boueuse, j’avais sympathisé avec le fils des cultivateurs, un brave gars qui passait sa vie entre la traite, le bâtiment d’habitation et les arbres dans lesquels il se réfugiait pour chasser l’ennui. Il parlait peu, paraissait farouche, intimidé par ma famille qui venait de…

Lire la suite