Denneville plage, 2018

29 juin 2018 L’arrivée Denneville est toujours paisible, voire même extrêmement paisible. Un vent de nord-est assez viril fait virevolter le sable par saccades régulières. Les pins sont chahutés, les fleurs s’arc-boutent, les ronces jubilent et mes oreilles sifflent. Il fait chaud, comme quand j’étais enfant, l’air a l’odeur du passé. Pas cette odeur de moisi qui se dégage d’une revue Télé 7 jours oubliée sur le dessus du vieux téléviseur Radiola de ma tante Charlotte, ni celle du tas de torchons entreposé au fond du placard, entre les toiles d’araignées, les couverts d’un lustre terni et des assiettes fatiguées par tant de bouches à nourrir. Ébréchées, usées, cachées mais pas jetées, ces assiettes croient encore qu’un jour elles reprendront du service à la lumière d’une belle table dressée. Tout n’est qu’illusion. Aujourd’hui l’air à l’odeur du bonheur, celui dont je me souviens avant la catastrophe, celui des rires, des…

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Et pourtant l’herbe est toujours verte.

Baie d Écalgrain

Température                17° Lever de soleil 06 :58 Coucher                      21 :22 Vent                            14 Km/heure, direction nord-ouest Pression                      1011HPa Visibilité                     4 km Humidité                     94% 14 août Tout est collant, pourtant il ne fait que 17°, le soleil au-dessus du plafond de nuage ne permet pas d’assécher cette humidité odorante.  Dans la cour devant la maison, la toile cirée de table est ciselée de griffures de lames aiguisées, signe d’activités « festoyantes » propices aux rencontres humaines et ripailles arrosées. Certains morceaux de cette nappe plastifiée rebiquent, découvrant leurs arrêtes maculées d’une crasse antédiluvienne. Par endroit l’eau de pluie forme de petites flaques où mouches et autres scolopendres s’abreuvent. J’ai les fesses trempées, je me suis assis pour prendre mon café sur une vieille chaise Kartell, mon jean a pompé toute l’eau, j’ai le cul au frais, ce n’est pas si désagréable.  Coco* en a…

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L’homme sur la lune.

20 juillet 1969 Encore trois semaines et j’aurais douze ans. Comme l’année passée, je suis de retour au Havre pour une partie de l’été, je suis chez ma grand-mère, une vieille grand-mère d’au moins quatre-vingts ans. Mamie est veuve, mon grand-père est mort il y a quatre ans, peut-être même plus, va savoir. Je me souviens de Gustave confortablement installé dans son fauteuil Voltaire dont l’assise et les accoudoirs étaient recouverts d’un tissage entrelacé d’une laine verte, jaune et rouge. Ma grand-mère adorait le crochet. Je me souviens surtout du regard de Papi quand il prenait mes mains, mes petites mains enserrées dans les siennes, des paluches larges, épaisses mais si douces. Celles d’un homme bienveillant, aux yeux bleus me fixant tendrement, le regard fort et fusionnel qu’aucun enfant n’aurait eu envie de quitter. Pourtant ce Papi, je ne l’avais pas souvent vu, mes parents étant partis très tôt du…

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