D’Artagnan et le druide

Je me souviens de ce printemps 1983, début d'une longue succession de ballades à travers les chemins d'Aquitaine, Auvergne, Limousin, Midi-Pyrénées. Nous partions entre amis pour un périple d'une semaine. Moto tout-terrain, sac à dos, carte IGN, tout était prêt pour le grand moment où nous allions converger depuis la Normandie vers le point de départ de notre aventure, la Chapelle Aubareil. La route depuis Montignac est étroite et sinueuse et nous étions impatients d'arriver. 

Patrice, d'Artagnan normand expatrié, fort en voix et moustache fournie à la Rostand nous ouvrait son village et sa table. Embrassades, braillements, jurons et sourires enjoués venaient ébranler la quiétude sereine des habitants.

 

Je me souviens de la table dressée dans la petite cour devant la maison, les verres chargés de Whisky en attendant le dîner magique. Fois gras, pommes de terre aux cèpes, confit de canard, fromages, sans oublier des quantités phénoménales de vin de pays. Un moment propice aux longues discussions politiques ou Patrice brocardait son cousin, le traitant de bourgeois de droite, ce qui faisait réagir immédiatement le cousin Guy-André en demandant si Patrice et moi avions des nouvelles de la rue de Solférino. 

 

Dans les années 75, Patrice est venu s'installer en Dordogne, dans un endroit reculé de toute civilisation. Au début il élevait des moutons sur un lopin de terre, vivait dans une petite maison de location sans eau ni électricité. La vie était difficile mais belle, en rencontrant Sylvie, sa future femme, le retour en Normandie n'étais plus envisageable. Sylvie, fille de cultivateurs, habitait la Chapelle Aubareil et entendait bien y rester, partir ailleurs c'était pas son truc. 

 

Un mariage, deux beaux enfants, une maison dans le village et un ami… Daniel.

 

Je ne me suis pas souvenu pendant des année de la route qui menait de la Chapelle aux Combes, c'était soit-disant facile d'aller chez Daniel, mais certainement pas pour moi. J'ai fait quelques demis-tours, j'ai demandé souvent mon chemin pour enfin découvrir à la lisière d'un bois, la maison de "Droule".

 

Daniel, dit "Droule" est belge et comme Patrice, il a rencontré sa femme en Dordogne. Poser son sac, entamer une nouvelle vie, construire l'avenir avec Marie-Paule, voila pour ce bricoleur de génie un défit qui fût plaisant de relever.

 

Une compagne, trois beaux enfants, une maison dans les bois et un ami… Patrice.

 

On dit que Daniel est "Druide", une sorte de magicien capable d'édifier une maison confortable en utilisant uniquement des matériaux  trouvés autour de lui. Il débite des arbres avec sa tronçonneuse pour faire des charpentes, des escaliers et ses meubles. Son vieux tracteur monocylindre de 1946 l'aide à transporter les pierres nécessaires aux fondations d'une maison, d'une grange, d'un atelier. Droule est aussi un grand mécanicien, passer des heures et des jours à démonter restaurer et remettre en marche un moteur lui procure beaucoup de plaisir. A quoi bon acheter une pièce mécanique défaillante, autant la fabriquer. Fonderie, tour, lime, polissage, ajustage et la mécanique reprend vie. Mais Daniel est aussi un explorateur moderne, avec sa moto il sillonne depuis tant d'années tous les chemins de Dordogne, du Lot et autre Corrèze, il est est capable de nous emmener découvrir les forêts, les campagnes et les vallées sans même lire une carte. Chaque arbre, chaque rocher, il les connaît si bien qu'il pourrait piloter les yeux fermés.

 

Je me souviens.

 

     

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