Janvier 2016

Pierre Vassiliu disait, « encore un jour qui passe ». On est le premier janvier et 365 s’en sont écoulés. Autant de jours faits de petits bonheurs et de grandes tragédies. Une année qu’on aurait aimé différente, plus harmonieuse et d’une tolérance universelle. 

J’ai encore fait plein de photographies, ma famille, des gens, ma ville, la mer, des « riens », des « pourquoi ça? » des ratés, des « pas mal », des » j’ose pas », des inutiles, des « mal cadrés », des « des fois bien », des auto-portraits narcissique, des « j’en suis fier ».

L1004946L1004625Je pense à Flora et son graal d’amour et de paix, à Florine exhumant ses démons par l’image de son corps photogénique. Je pense aux frères Bréard et leur troisième œil affuté, notre « mémoriance » locale, à Virgile et à sa fragile exception, ses questionnements, son regard et son papier photo. À Pierre qui n’est pas tout près, à Denis qui n’est plus là.

 

 

L51_051Je pense à Raymond Depardon que j’ai rencontré avec mon fils Jules, un moment inoubliable que j’ai gâché par émotion ou bêtise, ne lui parlant que de futilités techniques, impressionné par l’homme que j’avais devant moi, me cachant derrière des mots creux, sans saveur.

Je pense à Jeanloup Sieff qui venait acheter son matériel chez Rolland Photo, j’avais 16 ans, des posters de lui dans ma chambre et incapable de le reconnaitre.

Je pense à une exposition controversée, une série de nus grands formats dans le hall de la gare du Havre. J’avais été sommé d’enlever mes photos pour ne pas heurter les voyageurs, des corps dénudés rehaussés de coups de pinceaux rageurs. L’organisation de l’événement « Les Rencontres Photographiques du Havre » m’avaient raccroché proche de l’invité d’honneur, Lucien Clergue. Quel bonheur, merci Murielle.

Je pense à tous ceux qui photographient la fragilité de notre existence sans demander de reconnaissance, juste pour le plaisir de figer un instant, le leur et surtout celui des autres. Une petite vie qui va fuir et qu’on capture pour l’éternité.

Faire une photo c’est facile et dur à la fois. Rien n’est anodin, je revois cette image de Willy Ronis parue dans son livre « Ce jour là ». En page 161, sa femme Marie-Anne est assise sur un banc, perdue dans les feuillages, il a attendu l’automne pour la photographier, comme pour figer l’instant irréversible de sa mort prochaine.

Et Raymond Depardon (encore lui) qui l’hors du tournage à Mogadiscio de « La captive de désert » (si ma mémoire est bonne), s’éprend de son actrice. Il souffre d’un amour silencieux, la film et la photographie comme jamais il ne l’a fait. « J’aurais pu tout laisser tomber… Fuir mon amour comme on fuit un amour sans espoir… Non, je continuais à filmer les détails de son corps et je pleurais le soir sur mon lit ».

Une photo peut être joyeuse, paisible, mélancolique, triste, effrayante, banale, nulle, affligeante, géniale, interrogative, introspective…

Elle prend toutes sortes de chemins que l’on ne domine pas forcement. Instantanée, réfléchie, posée, calculée, inconsciente. Elle témoigne d’un instant ou d’une période de la vie, de la beauté, de l’horreur, du quotidien, du plaisir, de la souffrance, du regret, de l’amertume, de la haine, de l’amour.

Allez bon, avec tout ça… on repart pour un an au moins.

Bonne année

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Philippe Bréard

 

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