Je m’appelle

Sept2012040bJe m’appelle Karl, je suis né à Cologne il y a 21 ans d’une mère Togolaise et d’un père Allemand. Maman a fuit Dapaong en 1989 pour échapper à la répression qui touchait les opposants politique au président Etienne Gnassingbé Eyadena. Maman a toujours rêvé d’un Togo démocratique, sans le joug d’une armée omniprésente, de politiciens peu regardants et d’opposants au régime tout aussi sinistres. C’est pour cela qu’elle militait, pour que soient reconnues la liberté et la démocratie. Maman se prénomme  « Fafa » ce qui veut dire « paix » en Togolais, elle a rencontré papa après quelques mois 

d’errance au Benin. Fafa dans sa fuite, accepta une petit boulot peu gratifiant aux abords d’une exploitation de phosphate située au nord-ouest du pays, pas très loin de la frontière Togolaise. Bernhard « papa », avait été envoyé par sa société pour superviser l’expédition de millions de tonnes de ce minerai vers l’Europe et plus particulièrement pour un groupe agro-alimentaire allemand.

Maman assise sur une caisse en plastique vendait des sachets d’eau minérale au profit d’une association dite « caritative ». C’est en se rendant à pieds vers son hôtel que papa la regarda pour la première fois. S’ensuivit d’autres rencontres faussement improvisées jusqu’au moment où papa décida de lui proposer de partir avec lui en Europe, eldorado de la justice et du bonheur pour tous.  Je suis né d’une rencontre entre deux personnes que la vie opposait et que l’amour a rapproché. Aujourd’hui j’ai 21 ans, maman en aurait 48 et papa se meurt d’une tristesse infinie.

Je m’appelle Friederike, j’ai 59 ans, cela fait bientôt 5 ans que je suis à Cologne, auparavant j’avais toujours vécu en Saxe, à Dresde. Mes parents étaient d’honnêtes cultivateurs reconvertis en citadins ouvriers à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La ville était tellement ravagée par la guerre qu’il fallait une main-d’oeuvre importante pour redonner vie à cette cité fantôme. Papa

racontait toujours que quand il est arrivé à Dresde avec maman au début 1946, il ne restait des immeubles que des façades éventrées sans fenêtres, de la dentelle de pierre à travers laquelle on voyait la désolation s’étendre à perte de vue. Seules les grandes artères avaient été dégagées au bulldozer, les gens vivaient dans l’insalubrité et la misère.

Je me souviens que quand j’étais petit, une grand nombre de bâtiments n’étaient pas encore reconstruits, avec des copains, nous avions formé un clan, les « Eroberer » ou « conquérants » en français. Le but de nos jeux était d’occuper des ruines et de les défendre des envahisseurs venus des autres quartiers. Nous faisions la guerre sur un champ de bataille sans penser que quelques années auparavant, l’apocalypse s’était abattue sur un peuple qui souffrait de n’avoir pu endiguer la folie meurtrière d’un homme.

Il est 17 heures, je suis sur le quai de la station de BoltensternStraße, le métro est prêt à partir, je viens d’accompagner Florence, elle a déménagé aujourd’hui. 20 ans ensemble c’était certainement trop pour elle, je la regarde, mon visage se fige quand les portes se referment.

Je m’appelle Hanna, cela fait 2 ans que je suis partie de Koblenz pour étudier à l’université de Cologne. Mes parents n’avaient pas envie que quitte ma ville natale, j’ai toujours été couvée par un environnement familial que je qualifierais de pesant. Mon père est très sévère, certainement parce

que son enfance fût dure à supporter. J’ai souvent questionné papa sur son passé et celui de mon grand-père, il est toujours resté évasif sur le sujet, je pense qu’il respectait profondément son père. Papa à beaucoup souffert après-guerre des critiques et des insinuations concernant le comportement « patriotique » de Papi. Il travaillait comme beaucoup pour le troisième Reich et on dit qu’il avait aidé à organiser en 1942 une rafle de Juifs, partant de la gare de Koblenz-Lützel vers une destination que nous ne connaissions pas à l’époque. Papi n’a jamais pu s’expliquer là dessus, il est mort dans un bombardement de la ville en 1944.

Mes relations avec papa ont toujours été difficiles, il est sélectif et préfère les Allemands à toute autre nationalité, c’est certainement pour ça que j’ai insisté pour partir poursuivre mes études dans une autre ville.

A Cologne j’ai rencontré un garçon super, papa n’est pas au courant, il serait extrêmement déçu de savoir que je suis amoureuse de quelqu’un différent de ses critères. Il se nomme Karl, nous vivons ensemble depuis un an. Aujourd’hui je l’ai accompagné à la station de métro, il va voir son père atteint d’une grande dépression, il décline de jours en jours depuis la mort de sa femme.

Analyse d’image

Photo prise au Minox, pellicule Tri-X 400

Toutes ces personnes sont fictives

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