L’attente

Je ne l'ai plus… je l'aime toujours. Elle n'est plus là, j'ouvre la porte, la pièce est dans la pénombre, son odeur est encore présente, seulement son odeur parce qu'elle s'est envolée. Je me souviens d'elle dans sa robe rouge, splendide comme à l'accoutumée, toujours élégante et digne, une vrai princesse du soleil levant. Elle aura bientôt 32 ans, moi 54. Je suis assis depuis 2 heures dans l'hôtel de police, l'attente est longue, je suis angoissé, ils viennent de la retrouver dans un buisson, couchée par terre, la tête dans la boue. Elle est vivante mais pleine de contusions. J'ai peur de la voir, je sais au fond de moi que sa beauté survivra, que son âme ne perdra pas l'étincelle qui l'illumine. Pourquoi l'a on prise? Pourquoi s'est-elle laissée démarrer? Une 500xr pourtant cela ne se donne pas facilement.

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Le Fauteuil

Je suis bien calé dans l’un des fauteuils du salon, celui-ci est confortable avec des accoudoirs en bois, l’assise est recouverte d’un tissus de vieux velours cramoisi. La maison à des murs très épais, sauf aux fenêtres, cela forme une sorte d’alcôve et ma tante a placé deux sièges en vis à vis à cet endroit, installé dans l’un d’eux je scrute l’activité de la rue, ma position est idéale. La place de l’église, le bar de Lucien et une partie de la rue, celle qui descend vers le bas du bourg. Pour bien voir j’écarte de la main droite le rideau de dentelle que j’immobilise derrière mon épaule, le rideau a l'étrange odeur du passé. Aujourd’hui il fait beau, maman m’a ouvert la fenêtre, je prend l’air, je discute avec les copains, il est bientôt midi, les cloches vont sonner et la place de l'église ne va pas tarder…

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1 jour Avant

J'entends le vent forcir, bien installé au fond de mon lit j'ai du mal à m'endormir, j'ouvre les yeux et regarde la fenêtre. Il fait très sombre dehors, pourtant il n'est pas très tard, à peine 11 heures, demain nous serons lundi 8 août 1966. J'aperçois le clocher de l'église et les gros nuages qui l'entourent. Les arbres se font entendre, le bruissement des feuillages ressemble au ressac d'une mer agitée, il fait encore chaud, aujourd'hui c'était la canicule.    Les premiers éclairs marquent le plafond, j'attends le craquement de tonnerre pour estimer la distance de l'orage. Le bruit est sourd, étouffé, lointain, j'imagine qu'il doit être dans les marais. La journée était géniale, on a fait plein de trucs. Je me lève pour fermer la fenêtre, dehors tout se bouscule c'est comme si une lessiveuse géante était rentrée en action, j'imagine ma tante Charlotte au milieu de la cour,…

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Si Lindbergh m’avait vu.

Toute ma vie j’ai rêvé de voyager, quand j’étais petit, je lisais Jules Verne et son « Voyage au centre de la Terre ». J’avais envie de découvrir l’Islande et de trouver de quel endroit était parti Axel Lidenbrock pour sa fabuleuse aventure. J’ai idéalisé d’autres destinations, autant de lieux où j’aurais aimé me rendre, en fermant les yeux je transportais mon imaginaire vers l’Amérique latine, le Pérou et… la Manche. Tout à commencé quand je venais en vacances chez ma tante dans le Cotentin. Ma Tante n’avais jamais voyagé, sauf en Grande-Bretagne. Dans les années précédant la « Grande Guerre », elle avait été « Suffragette » et s’était engagée pour le droit de vote des femmes, bravant Edouard VII et sa répression impitoyable. Pour venir chez Charlotte, la route paraissait longue pour un enfant qui n’avait qu’une hâte, arriver à Saint-Sauveur. La Dauphine bleu ciel de papa crachait pourtant toute sa puissance, les villages…

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