Le photographe est arrivé… pour la battue.

Dans deux jours nous serons le 8 août, jour de mon anniversaire. J'ai toujours attendu avec impatience cette date en espérant avoir plein de cadeaux. Un tracteur téléguidé, un circuit 24 avec stands et virages relevés, une boite à pyrogravure, des patins à roulettes réglables, une trottinette à grandes roues, un vélo demi-course bleu et pourquoi pas un appareil photo. Il y en avait un dans le catalogue Manufrance, page 587, un "Instamatic Camera Kodak" avec "Flashcubes".  Je crois bien l'avoir eu cet "Instamatic", comme tout les autres cadeaux dont je rêvais. Le tracteur avec un fil trop court et des piles toujours à plat, les voitures sortant de la piste à l'autre bout du circuit, le stylet brûlant scarifiant le bois engendrant une fumée odorante, des grosses croûtes aux genoux en prime des patins, la trottinette et les rapides descentes du bourg avec mes copains, mon petit vélo bleu…

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La DS bleue

mai 1961 Debout dans l'encoignure de la fenêtre du salon, dressé sur la pointe des pieds, j'aperçois la voiture de papa en bas dans la rue. Elle est garée devant le fromager, Monsieur Chénisse. Comme je suis en hauteur, je ne vois que le toit et le long capot. J'espère que cet après-midi nous irons faire un tour avec, passer devant le sémaphore et les chantiers Augustin-Normand, longer la plage, monter la côte du phare avec ses virages serrés pour tester la tenue de route de l'engin. J'aimerais que papa nous emmène jusqu'au champ d'aviation, voir les avions décoller et partir pour des destinations inconnues.   Papa n'a pas acheté une DS, il en a acheté trois. Une bleue pour lui, une rouge pour mon frère Philippe et une blanche pour moi. Avec Philippe on a vite compris que nous allions nous amuser comme des fous à piloter nos voitures,…

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L’école buissonnière

Les grandes vacances sont terminées depuis un mois, je ne suis plus à l'école de Saint-Sauveur, j'habite maintenant loin de mes copains. Mal assis entre de vieux meubles poussiéreux et des piles de lourd cartons, je pense à l'été passé, dehors il fait encore beau, je pourrais être avec les autres. Il est environ 2 heures de l'après-midi, j'ai un peu faim. Il faut que je bouge, j'ai mal aux fesses et ma jambe gauche est engourdie. Changement de position, adossé aux cartons je m'évade en regardant la lucarne qui laisse supposer un soleil radieux à l'extérieur. Jean-Pierre habitait juste derrière chez ma tante, près de la rue "Croix-d'Épine", dans une petite résidence toute neuve. J'ai entendu dire que c'était les gens pauvres qui logeaient ici, ça me fait triste de penser que c'est vrai. Pour aller le voir, je n'ai qu'à traverser le jardin, entrer dans le vieux bâtiment…

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La photo

La photo Quant j’ai eu 14 ans, mon père m’a offert mon premier vrai appareil photo, un Canon TLB. Fini la boîte en plastique noir avec de la pellicule 6×6 et l’instamatik Kodak «soleil ou nuage», j’avais un un appareil de grand, des vitesses et des diaphragmes, totalement incompréhensible mais génial. Ce matériel, je l’avais vu en vitrine chez Picard, rue de Paris, dans le coin des occasions. J’y passais tous les jours en espérant qu’il ne soit pas vendu, je l’admirais, rutilant parmi d’autres merveilles, Nikon F, Hasselblad, Mamiya et que sais-je encore. Ce n’était certainement pas le meilleur, mais pour moi oui. J’allais oublier, il ne valait que 1000 francs. Mon père sous ses airs d’homme rigide, voir austère, n’avait pas résisté à me l’offrir, peut-être était-ce dû à ma lourde insistance. Un appareil photo autour du cou… pour photographier plein de choses, les copains, des drôles de…

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