Partir en vacances – Selsoif

Il existe des endroits au monde perdus dans la nature, où vivent des gens simples, relativisant l’emprise du quotidien, réfléchissant à la construction de paradis impossibles, où toutes les pensées allumées, déjantées et sincères seraient bienvenues. Des lieux propices à philosopher sur le temps, la nature, les petits riens, les grandes histoires inachevées et les bricolages inutiles. Si ces endroits existent, ils sont peut-être sur les crêtes de la Cordillère des Andes, cachés dans une forêt dense préservée et inaccessible, au bord d’un lac de Sibérie, (il faudrait demander à Sylvain Tesson), ou perdus entre la Douve et le Gorget, encerclés par les marais du Cotentin à Selsoif chez mon ami Coco.   J’avais prévu depuis plusieurs mois de faire un périple dans le Cotentin, de préférence en moto. De retour d’Espagne, je préparais donc au plus vite mon expédition pour voir mes amis, Coco, Titus, Guy-André, peut-être aussi Charly…

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Partir en vacances – L’Espagne

Le hall de départ est bondé, en tout cas pour la taille de l’aéroport. Je pensais ne pas arriver trop tôt et embarquer au plus vite, même en dernier, quelques minutes avant la fermeture des portes, c’est raté. Deux heures à attendre dans la chaleur, le bruit et les odeurs de transpiration, tous bien alignés, prêt à passer en salle d’embarquement. Je me mets à envier ceux qui sont en tête, un comble pour moi qui voulait arriver à la dernière minute, comme un grand voyageur aguerri et pragmatique.

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L’automobile

En 1969, nous n’étions plus au Havre et Saint-Sauveur était loin. Papa nous emmenait dans ses errements au fil de changements de situation que je qualifierais de boiteuse, tout comme sa démarche difficile et sa jambe gauche trop courte pour filer droit. Cette année là, nous habitions Buais. Papa avait trouvé je ne sais comment, une maison bourgeoise à la sortie du village en direction de Saint-Symphorien-des-Monts. Des haies touffues protégeaient la bâtisse de la route et un grand araucaria odorant finissait le décorum, parsemant le sol de cette baraque à chagrins, d’épines sèches et gluantes. J’oubliais, que derrière il y avait une ferme vétuste et boueuse, j’avais sympathisé avec le fils des cultivateurs, un brave gars qui passait sa vie entre la traite, le bâtiment d’habitation et les arbres dans lesquels il se réfugiait pour chasser l’ennui. Il parlait peu, paraissait farouche, intimidé par ma famille qui venait de…

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Je vous écris de Stalingrad-sur-Mer

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17 juin 1968 Chère Florence, Voilà maintenant un mois que je suis en résidence au Havre et je m’ennuie déjà de vous. Le tumulte du voyage, l’arrivée dans cette ville inconnue, ma prise de fonction retardée chez Renault n’ont pas altéré mes sentiments, vous me manquez. Le périple Le départ de Győr* pour le Havre a été une véritable aventure, j’ai dû me rendre à Bratislava pour prendre un train jusqu’à Prague où j’avais prévu de longue date de passer une semaine chez l’oncle de ma mère avant de prendre l’avion pour Paris via Düsseldorf. J’ai mis deux jours pour atteindre la capitale Slovaque, le train était bondé, trois heures d’arrêt à Brno, quatre à Velka Bites et je ne me souviens plus combien de temps à Humpolec, à chaque fois toujours la même ritournelle « papiers et laisser passer » scrutés avec zèle par la police. Mon oncle est venu plusieurs…

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