Je vous écris de Stalingrad-sur-Mer

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17 juin 1968 Chère Florence, Voilà maintenant un mois que je suis en résidence au Havre et je m’ennuie déjà de vous. Le tumulte du voyage, l’arrivée dans cette ville inconnue, ma prise de fonction retardée chez Renault n’ont pas altéré mes sentiments, vous me manquez. Le périple Le départ de Győr* pour le Havre a été une véritable aventure, j’ai dû me rendre à Bratislava pour prendre un train jusqu’à Prague où j’avais prévu de longue date de passer une semaine chez l’oncle de ma mère avant de prendre l’avion pour Paris via Düsseldorf. J’ai mis deux jours pour atteindre la capitale Slovaque, le train était bondé, trois heures d’arrêt à Brno, quatre à Velka Bites et je ne me souviens plus combien de temps à Humpolec, à chaque fois toujours la même ritournelle « papiers et laisser passer » scrutés avec zèle par la police. Mon oncle est venu plusieurs…

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Janvier 2016

Pierre Vassiliu disait, « encore un jour qui passe ». On est le premier janvier et 365 s’en sont écoulés. Autant de jours faits de petits bonheurs et de grandes tragédies. Une année qu’on aurait aimé différente, plus harmonieuse et d’une tolérance universelle.  J’ai encore fait plein de photographies, ma famille, des gens, ma ville, la mer, des « riens », des « pourquoi ça? » des ratés, des « pas mal », des » j’ose pas », des inutiles, des « mal cadrés », des « des fois bien », des auto-portraits narcissique, des « j’en suis fier ». Je pense à Flora et son graal d’amour et de paix, à Florine exhumant ses démons par l’image de son corps photogénique. Je pense aux frères Bréard et leur troisième œil affuté, notre « mémoriance » locale, à Virgile et à sa fragile exception, ses questionnements, son regard et son papier photo. À Pierre qui n’est pas tout près, à Denis qui n’est plus là.     Je…

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De Vorkouda à Severodvinsk. Celui que tu appelles « Ton père »!

Severodvinsk Vendredi 17 juillet 1998 7h15 La journée s’annonce belle, il n’y a pas de nuages à l’horizon, juste quelques brumes flottent au loin sur le rivage, Yegor se sent bien. Il a trouvé un petit rocher pour s’assoir sans se mouiller les fesses, seul les effilochages du bas de son jean aspirent l’humidité du sable et provoque une coloration sombre qui grimpe doucement jusqu’à effleurer les mollets. Il a trouvé une position confortable et ne bouge plus pour éviter que ses talons s’enfoncent plus profondément dans ce sable orangé, épais et granuleux. Yegor est électricien au chantier naval Zvezdocka. Spécialiste des câblages électriques, il travaille actuellement au programme de mise en conformité du sous-marin B-369 Oulianov. Depuis que l’armée Russe à décider de moderniser sa flotte du nord, les chantiers de Severodvinsk tournent à plein régime. Il fait frais, le soleil rasant du petit matin illumine la mer Blanche,…

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Les cuisses de Marie

1970 Vendredi 3 juillet Cet après-midi les cantonniers ont tendus des ampoules de part et d’autre de la place de l’église, poussant même la décoration jusqu’à la salle des fêtes à côté des grilles du cimetière. Il est 22 heures, on est tous dehors pour voir les belles lumières vertes, rouges, bleues et jaunes éclairer la place et le monument aux morts. 400 noms gravés sur le marbre brillent au rythme des oscillations des guirlandes. Il fait bon, la journée a été sans soleil, d’un ciel gris sombre et opaque. Le jour a fait place à la nuit, c’est le début des grandes vacances. Je me balance sur les énormes chaines accrochées aux bittes de granit fermant les côtés de la place. Mon ombre se reflète sur la façade de l’épicerie de Madame Lorite. Avec les va-et-vient, la lumière projette ma silhouette tantôt monstrueuse léchant la vitrine et montant jusqu’à…

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