Partir en vacances

« Les vacances datent de la plus haute antiquité.Elles se composent régulièrement de pluies fines coupées d’orages plus importants. » Alexandre Vialatte

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Le Méjat

Sarlat, 10h30, vendredi 21 mai 1982 J’attends sous un soleil printanier l’autocar de la ligne sept, une grande femme rondouillette s’active devant moi. Elle tient de la main gauche une poussette bleu marine à quatre grandes roues rayonnées, pendant que son bras droit tournoie dans l’air, simulant la gifle que son rejeton de fils va prendre s’il ne descend pas immédiatement de la poubelle crasseuse sur laquelle il vient de grimper. La poussette couine sous les gesticulations d’un bébé qui semble être une fille. L’enfant est mal installé entre un filet de pommes de terre, une bouteille de Vittel et une brique de lait entier « Elle et Vire ». Le garçon est descendu de la poubelle, il pleure, la main de sa mère l’a touché en plein sur la joue. La grande dame est toute rouge, elle a de grandes auréoles sous les bras. Il ne faudra pas que je sois…

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Le bruit de la Mark Ten

5 janvier 1962 Le journal de la Manche est posé sur le coin de la table de la salle à manger, entre des épluchures de fromage de la veille, un pot de lait acheté chez Madame Lorite la crémière de la rue Bottin-Desylles et quelques couvercles de camembert vides. C’est bien pour allumer le feu les boîtes à fromage. Un vieux sécateur rouillé est prêt à en découdre avec les vestiges de l’été passé. Le machin aux lames crottées, ferraille avec une boîte oxydée au couvercle mal joint. Un bataillon de couteaux Anglais « Sheffield » d’une allure super classe, avec manches en ivoire, montent la garde devant du sucre humide. Il y a aussi trois bols vides bouches béantes, attendant que la casserole d’aluminium verse le café bouillant, un pain campagnard, un paquet de Craquelins immangeables et un pot de confitures de mûres du jardin légèrement moisi. Tout ce petit monde…

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Denneville plage, 2018

29 juin 2018 L’arrivée Denneville est toujours paisible, voire même extrêmement paisible. Un vent de nord-est assez viril fait virevolter le sable par saccades régulières. Les pins sont chahutés, les fleurs s’arc-boutent, les ronces jubilent et mes oreilles sifflent. Il fait chaud, comme quand j’étais enfant, l’air a l’odeur du passé. Pas cette odeur de moisi qui se dégage d’une revue Télé 7 jours oubliée sur le dessus du vieux téléviseur Radiola de ma tante Charlotte, ni celle du tas de torchons entreposé au fond du placard, entre les toiles d’araignées, les couverts d’un lustre terni et des assiettes fatiguées par tant de bouches à nourrir. Ébréchées, usées, cachées mais pas jetées, ces assiettes croient encore qu’un jour elles reprendront du service à la lumière d’une belle table dressée. Tout n’est qu’illusion. Aujourd’hui l’air a l’odeur du bonheur, celui dont je me souviens avant la catastrophe, celui des rires, des…

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